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 26/02/2011: Forages pétroliers en Guyane, le préfet répond

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Vinch



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MessageSujet: 26/02/2011: Forages pétroliers en Guyane, le préfet répond   Sam 26 Fév 2011 - 21:51

Nous vous parlions déjà de la lettre de Greenpeace au préfet de Guyane, à ce lien:
http://www.tortues-du-monde.net/t2179-23-02-2012-prochains-forages-au-large-de-la-guyane

Le préfet de la région Guyane communique :
Projet de forage en Guyane : Réponse aux inquiétudes exprimées


1) La génèse du projet

Plusieurs associations de protection de l'environnement ont exprimé leurs inquiétudes vis à vis de la réalisation d'un forage d'exploration d'hydrocarbures qui se déroulera dans les prochaines semaines au large des côtes de Guyane.
La recherche de pétrole en mer au large de la Guyane a maintenant une longue histoire qui débute avec deux forages et des premières études sismiques conduites par Elf et la société américaine Exxon dans les années 1970.
Les travaux de forage prévus s'inscrivent dans le programme du permis de recherche exclusif d'hydrocarbures initialement délivré le 29 mai 2001. Il s'agit bien d'un forage de simple reconnaissance qui n'a pas vocation à être transformé en puits de production. Il sera d'ailleurs rebouché avant l'été prochain.
Les craintes exprimées sur les conséquences de ces travaux se situent essentiellement à deux niveaux :
la prise en compte des enjeux environnementaux liés au projet
les mesures pour pallier toute pollution d'hydrocarbures causée par la plateforme de forage.

2) Etudes et environnement

La France est signataire du protocole de Carthagène de 1983 sur la protection de l'environnement marin dans les Caraïbes qui s'applique en Guyane. Cette convention impose d'évaluer les effets potentiels sur le milieu marin des projets de développement. D'une manière concrète, cette obligation se traduit en Guyane par l'obligation de disposer d'études d'impacts (en référence à l'article L.122-1 du code de l'environnement) pour toute opération . Cette disposition est appliquée par les autorités depuis 2005 sur les projets pétroliers en Guyane, allant de ce fait au delà de la réglementation prévue pour l'exploration du plateau continental et exploitation de ses ressources naturelles. Cette position a permis l'acquisition de nombreuses données sur la biodiversité, la qualité de l'eau et la courantologie marine au large, notamment dans le cadre des travaux préparatoires des campagnes sismiques de 2005 et 2009, et du prochain forage de reconnaissance.

Ainsi, les études réalisées lors des campagnes sismiques de 2005 (sur les sites de Matamata au large d'Awala et Kawana au large de Cayenne) ont permis d'appréhender l'impact des relevés sismiques sur les tortues marines et les cétacés. L'expertise réalisée indique que les opérations sismiques ne semblent pas générer d'effets visibles sur les animaux mais a préconisé que les observations visuelles devaient être conduites pour toute nouvelle campagne de ce type, ce qui a systématiquement été le cas. C'est par ailleurs dans ce cadre que le suivi des tortues marines par balises Argos a été initié.

En 2007, une étude d'impact a été déposée par la société Hardman sur un projet de forage de reconnaissance sur le site de Kawana. Bien que le projet n'ait pas abouti, l'étude d'impact réalisée par Créocéan a permis de caractériser l'état initial du milieu et surtout d'apporter des méthodes et des préconisations sur les mesures de suivi à mettre en place, éléments qui ont servi de base lors de l'instruction de la présente demande de la société Tullow. L'état initial a démontré la grande richesse du milieu marin et l'étude a caractérisé la colonne d'eau jusqu'à la surface et les sédiments, et a initié un suivi de la présence d'hydrocarbures naturels ou exogènes sur les plages de Guyane.
L'ensemble de ces études a grandement contribué à l'amélioration des connaissances sur le milieu marin. Elles ont également stimulé l'intérêt de la communauté scientifique pour ce milieu et ont apporté la confirmation de sa riche biodiversité.

Dans le cadre du présent projet sur le secteur de Kawana, la société Tullow s'est rapprochée des services de l'Etat dès décembre 2008 afin de préparer au mieux dans un premier temps le suivi environnemental des campagnes sismiques, puis du forage de reconnaissance.
Pour la sismique, pas moins de 7 réunions de travail ont ainsi eu lieu afin de définir les protocoles de suivi de l'environnement (survols aérien pour les cétacés) et de les mettre en place, avant, pendant et après les relevés sismiques.
Pour le forage de reconnaissance, le même dispositif de survol a été poursuivi, permettant d'avoir plus d'un an d'observations en continue sur ce secteur. Par ailleurs, d'autres mesures ont été demandées comme l'analyse de la qualité des vases au droit du forage avant les opérations, la poursuite du suivi des hydrocarbures naturels ou exogènes sur les plages potentiellement impactées en cas d'incident (Mana et Awala). Enfin, les survols pour l'observation des cétacés et des grands poissons continuera pendant et après la phase de forage.

3) Une expertise technique rassurante

Comme pour l'ensemble des risques, la gestion du risque de pollution par des hydrocarbures s'appréhende en premier lieu par la réduction du risque à la source par la mise en oeuvre des moyens techniques et des organisations les plus sûres afin de réduire les probabilités d'accident, et en second lieu par la mise en place de moyens de lutte adaptés aux situations de pollution susceptible de se présenter.

Cette question de réduction du risque à la source est essentielle et a fait l'objet d'une attention toute particulière dans l'examen de ce projet. On peut rappeler en premier lieu l'expérience importante du porteur du projet qui a assuré avec succès la maitrise d'ouvrage de 17 forages profonds sur les 3 dernières années et a fait le choix de retenir une plateforme de forage neuve et de dernière génération. Ces éléments ne sont cependant pas suffisants et il convenait notamment de s'assurer de la bonne prise en compte par le porteur de l'opération du retour d'expérience sur l'accident de la plateforme Deep Water Horizon. Ce sont toutes les compétences du ministère chargé de l'écologie qui ont été mobilisées pour analyser le projet de la société Tullow à la lumière de ces éléments : les équipes locales de la DEAL Guyane bien sûr mais également le Pôle National Offshore Forage de Bordeaux, associé dès les premières réunion de travail avec l'entreprise, et les services centraux compétents du ministère. Répondant par ailleurs aux recommandations de prudence formulées par la Commission Européenne, l'administration a souhaité faire procéder à une expertise internationale indépendante centrée sur les leçons tirées de l'accident par l'entreprise. Ses conclusions confortent la pertinence des mesures mises en place au regard des résultats de la mission d'enquête de la commission nationale américaine.

4) Les moyens de prévention et de traitement des risques

En matière de moyens de lutte contre les pollutions accidentelles, la stratégie retenue consiste à disposer sur place des moyens nécessaires aux premières interventions et de prévoir les conditions d'amenée du matériel supplémentaire adaptés à la situation. Ces moyens supplémentaires proviennent soit de l'entreprise et sont alors prépositionnés à proximité des travaux, soit résultent de l'application de contrats de mutualisation de moyens de lutte, notamment avec Clean Caraïbe Americas (CCA), structure dédiée aux interventions dans les Caraïbes et l'Amérique latine, et la compagnie Oil Spill Response (OSR) Ltd. Ce dispositif correspond aux moyens les plus complets disponibles au niveau de la profession.

5) Une large concertation pour une garantie maximale

Au delà de ces deux points primordiaux, il importe de rétablir la vérité sur la conformité des moyens de forage prévus. Tout forage pétrolier nécessite un fluide (boue de forage) indispensable pour compenser la pression exercée par les formations et remonter les déblais de forage à la surface en circuit fermé. Des conventions internationales sur le milieu marin, dont la convention pour la protection du milieu marin du nord-est (OSPAR particulier au forages en mer du Nord), encadrent les rejets des déblais de forage. Le projet initial présenté par la société Tullow avait été établi en conformité avec ces dispositions et prévoyait notamment l'utilisation de boues dites « à huiles synthétiques ». La concertation conduite à l'initiative de l'Etat à partir de la fin 2010 a été bien au delà de ce que requiert la réglementation. C'est dans ce cadre que les associations ont demandé des garanties maximales de prise en compte du milieu marin. Le préfet a demandé une évolution du procédé et la suppression de l'utilisation de ces huiles synthétiques allant ainsi au delà des dispositions appliquées dans des cas similaires. Ce point illustre l'esprit dans lequel les services de l'Etat ont instruit la demande, en large concertation avec l'ensemble des acteurs et parties prenantes de ce projet. Le bénéfice de cette concertation s'est également exprimé par :

* des mesures d'état des lieux avant forage
* la surveillance satellitaire
* la poursuite du suivi des mammifères marins et grands poissons

Par ailleurs, s'il devait y avoir d'autres forages de reconnaissance ou d'exploitation, la demande formulée par le Comité régional des pêches maritimes et élevages marins de Guyane (CRPMEM) permettant de déterminer l'état sanitaire de certaines populations de poissons, qui a pu être également évoquée lors de la concertation, sera mise en œuvre sur la base d'un protocole scientifique partagé entre tous les acteurs. Cette action s'ajoutera à toutes celles évoquées précédemment et qui ont vocation à être reprises dans toute étude d'impact ultérieure.

Ces différents éléments constituent une illustration probante de la rigueur avec laquelle les services de l'Etat ont instruit et suivi les différentes phases de ce projet depuis son origine, il en sera évidemment de même pour les phases futures.

Source: http://www.blada.com/boite-aux-lettres/infos-citoyennes/6359-Le_prefet_de_la_region_Guyane_communique_.htm
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Vinch



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MessageSujet: Re: 26/02/2011: Forages pétroliers en Guyane, le préfet répond   Sam 26 Fév 2011 - 21:55

En tout cas, le WWF a déjà recensé quelques victimes de ces forages pétroliers en Guyane, comme cette malheureuse Tortue Olivâtre qui a ingurgité du pétrole:

© J. Fretey. "Tortue olivâtre au bec et à la bouche maculés de pétrole"
Source: http://guyane.wwf.fr/tag/guyane/



Une catastrophe analogue à celle qui a eu au Mexique sont à craindre sérieusement, d'autant plus que les experts ont relevés des similitudes très inquiétantes dans les méthodes employées... Voir ces liens:
http://loeilduparesseux.blogspot.com/2011/02/forage-petrolier-en-guyane-des.html
http://www.nationalgeographic.fr/carrousel/le-golfe-du-petrole/792976/
Voici ce qui pourrait arriver:

Tortue morte dans la baie Barataria, en Louisiane. Plus de 500 tortues sont mortes dans cette zone. Photo National Geographic.
Sources: http://loeilduparesseux.blogspot.com/2011/02/forage-petrolier-en-guyane-des.html / http://www.nationalgeographic.fr/carrousel/le-golfe-du-petrole/792976/
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kaki

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MessageSujet: Re: 26/02/2011: Forages pétroliers en Guyane, le préfet répond   Sam 26 Fév 2011 - 21:59

S'ils n'envisagent pas d'exploitation, pourquoi creuser ? heuu
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Mama
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MessageSujet: Re: 26/02/2011: Forages pétroliers en Guyane, le préfet répond   Mar 1 Mar 2011 - 8:48

Des nouvelles supplémentaires sur ce projet......


Forage en Guyane : bientôt des tortues luth mazoutées ?


Les travaux d'exploration pétrolière de la société Tullow Oil au large de ce petit bout de France font craindre le pire pour la biodiversité exceptionnelle des eaux guyanaises.

Les oiseaux noirs de pétrole dans le golfe du Mexique sont encore dans toutes les têtes. Il faut dire que les 5 millions de barils qu’a craché le puits Macondo suite à l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon le 20 avril 2010, alors exploitée par Brisish Petroleum (BP), a créé une marée noire accidentelle sans précédent, la plus grande de toute l’histoire. Désormais, quel dirigeant politique oserait donner son aval à un projet pétrolier, susceptible de créer une autre catastrophe écologique de cette même ampleur ?

C’est pourtant ce qu’il pourrait très bientôt se passer en Guyane française. La plate-forme pétrolière ENSO 8503 est d’ores et déjà en route pour que la société britannique Tullow Oil procède à un forage exploratoire dès la fin de ce mois de février 2011. Mais fort heureusement, l’auteur d’une possible catastrophe a une dizaine de jours de retard, et il est peut être encore temps de changer le cours d’une histoire pétrolière qui n’a pour le moment jamais véritablement commencé dans ce paradis de biodiversité qu’est la Guyane française, qui abrite pas moins de 5 200 espèces de plantes, plus de 1 500 essences forestières, 350 000 espèces d’insectes, 740 d’oiseaux, 480 de poissons d’eaux douces et saumâtres, 188 de mammifères, 187 de reptiles, 110 d’amphibiens, sans oublier 3 espèces de tortues fréquemment rencontrées sur le littoral.

Cependant, les velléités d’exploration off-shore dans ce petit bout de France en Amazonie ne datent pas d’hier. Dès les années 1970, Elf, encore sous contrôle de l’Etat français, et la société américaine Exxon réalisent deux forages de 850 mètres de profondeur sous 50 mètres d’eau au large de la commune de Sinnamary. Aucun pétrole n’est découvert. Par la suite, en 2001, la Tullow Oil rachète à la France un permis d’exploration de 32 000 km² dans la Zone Economique Exclusive (ZEE) de la Guyane. En 2003, puis en 2005, deux prospections sismiques infructueuses sont menées. C’est cette même année, en 2005, que la « résistance » commence, tout autant pour des raisons écologiques qu’économiques. Les socioprofessionnels de la pêche sont particulièrement inquiets des possibles retombées catastrophiques sur ce secteur, qui peine à se structurer et sortir la tête de l’eau.

2005, année de vaines contestations

Alors que la compagnie australienne détenue à 100% par la Tullow Oil, Hardman Resources Ltd, vient de tenir une réunion d’information à la Chambre de Commerce et d’Industrie, trois jours plus tard, le mardi 27 septembre 2005, le Président de l’Organisation des Producteurs de Produits de la Mer de Guyane (OPMG), Christian Madère, adresse un courrier au Directeur Régional de l’Industrie de la Recherche de l’Environnement (DRIRE) Antilles Guyane, en partie en charge du dossier pétrolier, dans lequel il rappelle « que lors des premières campagnes sismiques réalisées en 2003, aucune organisation professionnelle de la pêche n’a été consultée pour avis alors qu’IFREMER [Institut français pour l’exploitation de la mer, NDLR] émettait de fortes réserves sur les conséquences négatives que peuvent avoir ces bombardements sismiques sur nos espèces halieutiques, à savoir : éclatement des vessies natatoires des poissons, éclatement des œufs de poissons, dispersion des poissons et crustacés des zones où sont opérés ces bombardements pouvant causer une baisse de production dans nos pêcheries, etc ». Mais en 2005 il semble qu’IFREMER ait succombé aux sirènes de l’exploitation off-shore. Le 17 novembre, Christian Madère écrit au Directeur d’IFREMER, Philippe Vendeville, pour lui faire part de l’étonnement de l’OPMG à ce sujet : « Nous avons été surpris d’apprendre que la Direction d’IFREMER a donné un avis favorable, sans réserve, à la demande d’ouverture de travaux sismiques dans la ZEE maritime au large de la Guyane en 2005 […]. Nous voudrions savoir sur quelles informations vous vous êtes basés pour changer de conclusion et donner un avis favorable, sans réserve, sans aucune concertation avec les professionnels et socioprofessionnels de la pêche ». Des enjeux supérieurs à la bonne santé d’un secteur vital pour l’économie guyanaise étaient-ils alors en jeu ?

Toujours en 2005, le Comité Régional des Pêches Maritimes et des Elevages Marins de la Guyane (CRPM) s’inquiète également. Le jeudi 20 octobre, Jocelyn Médaille, Président du CRPM, adresse un courrier au Directeur d’IFREMER dans lequel il écrit : « Nous vous avons informé de l’avis défavorable du Comité Régional des Pêches de la Guyane concernant la demande de la Société HARDMAN RESOURCES de réaliser une prochaine campagne sismique dans la ZEE maritime de la Guyane française ». Mais Jocelyn Médaille est très certainement conscient du peu d’effet que peut avoir l’avis de son Comité puisqu’il écrit à la suite que « dans le cas où l’Etat donnerait un avis favorable à la réalisation de cette opération, nous souhaiterions mettre en place avec votre organisme un suivi de la pêcherie guyanaise pendant et après ces campagnes sismiques sur les espèces halieutiques qui pourraient être touchées (vivaneaux, mérou, crevette Penaeus, poissons blancs, etc.), afin de mesurer les risques éventuels de réduction des prises par les producteurs ».

Le CRPM met également en lumière une fâcheuse tendance à la répétition de l’histoire. Le mercredi 12 octobre, Jocelyn Médaille s’adresse cette fois-ci au Directeur des Affaires Maritimes de la Guyane, Jean-Pierre Landi : « Une précédente exploration du même type s’est déroulée en décembre 2002 / janvier 2003 au large de la Guyane. A l’époque, nous avions fortement regretté l’absence d’une réelle étude d’impact, ainsi que le manque de concertation avec les socioprofessionnels concernés ». Et celui-ci de continuer : « Depuis cette période, peu d’informations ont été diffusées sur ce sujet, malgré l’importance des enjeux invoqués. Fort de ce constat, la Région Guyane a invité le représentant local de Hardman Resources Ltd lors du Comité Régional de l’Environnement et du développement Durable du 16 décembre 2004, pour faire le point sur cette question. […] Aujourd’hui, nous constatons encore une fois que la concertation engagée par Hardman Resources avec les acteurs s’est faite tardivement, et que l’étude d’impact fournie se limite à une vague compilation de documents bibliographiques, jalonnée de nombreuses approximations, d’incohérences, ou d’omissions concernant le contexte de la Guyane ». Dans le lot des bizarreries recensées dans l’étude d’impact réalisée par la société Komex pour le compte de Hardman Resources Ltd, on peut effectivement lire en page 62 qu’« il est possible que lors des études sismiques au large de la Guyane, les poissons puissent être redistribués à des niveaux plus ou moins profonds ou loin du périmètre de l’étude sismique ». En gros, ces chères bestioles auraient la bonne idée de migrer là où les pêcheurs les attendront, c’est-à-dire loin de la plate-forme d’exploration off-shore, car une restriction temporaire d’activité sera mise en place autour de celle-ci avant et pendant les travaux. C’est pourquoi dans ce même courrier Jocelyn Médaille hausse le ton et demande à ce que, « connaissant la situation économique de la filière pêche de Guyane, les exclusions des zones de pêche, si elles se confirment, doivent donner lieu à la définition de compensations financières justes et équitables pour la profession ». Enfin, le Président du CRPM conclue qu’« en l’état actuel des données fournies et en accord avec la résolution 053 adoptée par les Etats membres de l’UICN [Union Internationale de Conservation de la Nature, NDLR] lors du dernier Congrès Mondial [le 3ème du genre, en novembre 2004 à Bangkok en Thaïlande, NDLR], le principe de précaution devra être respecté ». Enfin, si Hardman Resources Ltd a proposé l’embarcation d’observateurs pendant les essais sismiques, cette mesure n’a pas été jugée comme « un moyen suffisant pour pouvoir correctement constater les dégâts qui peuvent se produire dans les fonds marins durant les relevés sismiques » par le CRPM et l’OPMG dans une note d’analyse qu’ils ont conjointement rédigée le mercredi 12 octobre 2005.

La suite ? Vous la connaissez déjà. En 2005, la recherche d’or noir a lieu à l’extrême est du permis exclusif d’exploration détenu par Hardman Resources Ltd, qui s’étendait alors de la limite côtière des 18 km jusqu’à la courbe bathymétrique des 3 000 mètres.

2010, un nouveau forage en vue

Retour à notre époque. Dans un courrier daté du 29 décembre 2010, le Préfet de Guyane, Daniel Ferey, invite le titulaire du permis de recherche, les administrations, les associations et autres parties prenantes à une réunion d’information / concertation sur le projet de forage de la Tullow Oil GM-ES-1. Mais ses propos trahissent une certaine volonté de sa part à ne pas communiquer ou bien à le faire parce qu’il y aura été quelque peu contraint : « Avec le projet de forage d’exploration et la déclaration d’ouverture de travaux (DOT) correspondante, les activités de recherche pétrolière off-shore de la société Tullow Oil vont entrer dans une nouvelle phase. A cette occasion, j’ai été saisi de plusieurs demandes traduisant des attentes fortes en matière d’information sur le projet de concertation, la règlementation régissant l’instruction de cette DOT ne prévoyant aucune modalité d’information ou de concertation particulière ». Ainsi, le 06 janvier 2011, tous ces acteurs sont réunis autour d’une table pour apprendre que fin février 2011 la Tullow Oil entamera un forage exploratoire à 153 km au large des côtes de la Guyane, dans la ZEE. Un peu plus tard dans la même journée, c’est la presse qui se voit resservir la même sauce, dont l’écologie n’est manifestement pas l’ingrédient principal.

« Dans un lointain passé le continent Sud Américain était très proche de celui de l’Afrique. Même après l’ouverture de l’océan Atlantique, leurs terrains géologiques, et plus particulièrement les sédiments les plus profonds, sont restés à peu près similaires. Nous souhaitons ainsi mettre à profit notre expérience dans la région Ouest africaine, et plus particulièrement au Ghana où nous avons fait en 2007 une importante découverte » a alors expliqué le géologue de la compagnie pétrolière. Et selon lui, la probabilité de trouver des présences d’hydrocarbures est estimée à une sur cinq. Autant dire pas très élevée… Cependant un autre représentant de la Tullow Oil s’est vite empressé d’ajouter que « notre compagnie procède à une dizaine voire une vingtaine de forages par an dans le monde avec un taux de réussite de 80% contre 15% pour les autres compagnies ». A l’avenir, la Tullow Oil estime qu’entre 40 millions à 1 milliard de barils pourraient bien sortir de sous la mer guyanaise.

L’opération de forage, complexe d’un point de vue technique et logistique, et surtout coûteuse (90 millions de dollars), mobilisera pendant deux voire trois mois beaucoup de personnel de France et de Navarre, faute de guyanais encore formés au métier. Toutes les deux semaines une rotation en hélicoptère d’une centaine de personnes permettra de forer 24 heures sur 24 à 6 400 mètres sous le niveau de la mer. Bref, toute la journée de nombreuses mains tenteront de mettre en évidence la fameuse roche poreuse qui contient des hydrocarbures. Les ingénieurs de la Tullow Oil affirment que la sécurité n’en sera pas oubliée pour autant : un Bloc d’obturation du puits (BOP) permettra, en cas de remontée incontrôlée d’eau, de gaz ou de liquides, de fermer le puits, et la pression hydrostatique à l’intérieur du forage sera régulièrement vérifiée.

Quand la contestation renaît

Comme vous l’aurez deviné, c’est là que recommence la contestation, pour les mêmes raisons écologiques et économiques que quelques années auparavant. Sauf que cette fois-ci, il semble bien que les acteurs soient plus nombreux à protester. Mais surtout, les réseaux sociaux et la vitesse avec laquelle internet permet de communiquer pourraient bien changer la donne.

Première à monter au créneau, la fédération Guyane Nature Environnement (GNE), qui depuis mai 2010 regroupe trois associations guyanaises agréées de protection de la nature et de l’environnement, le Groupe d’Etude et de Protections des Oiseaux de Guyane (GEPOG), Kwata (qui notamment étudie les tortues marines), et la Société d’Etude, de Protection et d’Aménagement de la Nature en Guyane (SEPANGUY). A la mi-janvier 2011, GNE juge que l’Etat et la Tullow Oil ont communiqué très tardivement autour du projet de forage pétrolier (dès octobre 2010 GNE avait demandé au Préfet un espace de concertation), ne proposent pas des moyens de lutte adaptés ou suffisants en cas de pollution, et font les choses dans la précipitation. GNE n’hésite pas à qualifier tout cela de « cocktail à base de fioul lourd » et explique clairement qu’une nouvelle catastrophe pourrait tout autant affecter les eaux guyanaises que ne l’a été le Golfe du Mexique. « En cas de marée noire, l’entreprise [Tullow Oil] propose la mobilisation rapide de moyens aériens basés à l’autre bout du monde et qui pourraient intervenir en Guyane sous… 36 heures » s’insurge GNE. Et d’ajouter que « la liste des dispersants que l’entreprise prévoit d’utiliser comporte en effet des produits interdits en France. Pire : le procédé de forage prévu par TULLOW OIL est tout simplement interdit en France ! ». Mais la fédération ne s’arrête pas là dans son triste constat : « Toujours au niveau de la sécurité, la fédération Guyane Nature Environnement souhaite une nouvelle fois attirer l’attention sur les faiblesses du Plan POLMAR. Ce plan, défini par l’Etat pour faire face à une pollution en mer ou côtière, a été révisé en 2009 […]. L’échec du récent exercice POLMAR organisé par la Préfecture a d’ailleurs bien montré les difficultés qui seront les nôtres à essayer de contenir une éventuelle marée noire ». Elle met aussi en lumière le manque de lucidité de l’Etat, « car il faut bien comprendre que la Guyane, tout comme la France, n’a aucune expérience de ce genre de forage profond sur son territoire […] alors même que le contexte international est actuellement à la plus grande prudence en terme de forage pétrolier profond ».

Un Préfet au dessus des recommandations européennes

Et justement, le 12 octobre 2010, suite à la catastrophe dans le Golfe du Mexique, la Commission Européenne publiait un document intitulé « Le défi de la sécurisation des activités pétrolières et gazières offshore ». Elle rappelle notamment qu’« en attendant que les résultats complets des enquêtes sur les causes de l’accident de Deepwater Horizon soient disponibles, que les efforts du secteur en vue de renforcer la sécurité des opérations apportent des résultats concrets et que la campagne pour renforcer le cadre réglementaire en Europe ait abouti, il convient de faire preuve de la plus grande modération et d’un surcroît de prudence, tant en ce qui concerne les opérations de prospection et d’exploitation en cours que les nouveaux plans et les nouvelles autorisations ». Le Préfet de Guyane aurait-il oublié de lire ce document ?

Le biologiste marin et guyanais Tony Nalovic s’interroge et pense surtout que le Préfet et la Tullow Oil font tout pour commencer le forage avant que la nouvelle règlementation européenne ne soit adoptée, d’ici l’été 2011. Et il n’est pas le seul à penser cela. Le 10 février 2011, Maïouri Nature Guyane publie un communiqué de presse ayant pour titre « Moratoire sur le démarrage du forage pétrolier ». Le Préfet Daniel Ferey y est directement interpellé : « Malgré plusieurs courriers alarmants en provenance d’associations environnementales comme Greenpeace ou Guyane Nature Environnement, vous n’avez pas jugé bon de surseoir à l’autorisation d’exploration pétrolière au large du littoral guyanais ».

La maison du biologiste marin Tony Nalovic (Image : Tony Nalovic, biologiste marin, déplore que la population guyanaise ne soit pas suffisamment informée sur les possibles conséquences de l’exploitation off-shore au large des côtes de la Guyane. Mais l’homme a pris les devants. La façade sa maison est désormais devenue un mur des lamentations où l’on peut notamment y lire : « Sauvez nos poisson et crevette. Stop au forage » ou « Marée Noire. L’Etat pa prévoi anyen ! ». Il a également pensé à vérifier qu’il est en règle avec l’Etat à tous points de vue. On n’est jamais trop prudent dans ces affaires là…)

Car tous ceux qui ont étudié de près le dossier Tullow Oil font les mêmes constatations : le procédé de forage profond est similaire à celui utilisé en Louisiane, où a eu lieu la terrible marée noire dans le cadre d’un forage exploratoire également, et les réponses de la Tullow Oil en cas d’événement similaire ne sont pas adaptées au contexte guyanais. Mais surtout, et c’est bien là le plus grave, si dérive de nappes de pétrole il y avait, elles toucheraient directement la réserve d’Amana-Iracoubo, sur le territoire du Parc Naturel Régional de Guyane (PNRG). Enfin, le calendrier du forage coïncide avec l’arrivée des premières tortues marines vers les plages de l’Amana notamment. Mais la Tullow dans son « Document d’appréciation des impacts environnementaux » de septembre 2010 conclut quant à elle « à la présence saisonnière de tortues dans l’emprise du projet, avec des densités très faibles ». Qui dit vrai ? Isabelle Autissier, Présidente du WWF France et récemment de passage en Guyane, a estimé pour sa part, dans une interview accordée au quotidien France-Guyane du vendredi 18 février 2011, que « le timing [du forage, NDLR] est dicté par des problèmes économiques et administratifs, et pas du tout par une vision globale de ce que peut être l’environnement maritime ».

Une nouvelle étude d’impact bâclée ?


Encore une fois, les pêcheurs guyanais demandent à ce que soit effectué un état de santé des ressources halieutiques de la Guyane, au moins pour évaluer l’éventuel impact de l’activité pétrolière. Cependant, la Tullow Oil ne semble pas particulièrement inquiète pour cette activité économique. Le même « Document d’appréciation des impacts environnementaux » de septembre 2010 explique que « la pêche industrielle à la crevette et la navigation de commerce sont les seuls usages répertoriés au voisinage de la zone du projet. Bien que s’étendant théoriquement jusqu’à des fonds de 1 000 m, la pêche à la crevette est actuellement cantonnée au plateau continental. La pêche au vivaneau peut, quant à elle, s’exercer à l’aplomb de hauteurs d’eau allant jusqu’à 1 000 m. Le navire de pêche le plus proche du site de forage d’exploration GM-ES-1 a été observé à environ 35 km de celui-ci », avant de préciser que « la zone du projet est susceptible de recouper des couloirs de navigation commerciale ».

Malgré tout, le biologiste marin Tony Nalovic émet des doutes sur le sérieux de l’étude d’impact menée par la Tullow Oil. « Ils disent que 27 % des vivaneaux seront affectés et 100 % des crevettes profondes en cas de rejet accidentel. Comment on peut arriver à de tels chiffres ? C’est impossible » s’insurge t-il. Entendez par là qu’un pourcentage plus important de vivaneaux seraient susceptibles d’êtres touchés ainsi que d’autres espèces de crevettes. Et comme tous les autres environnementalistes guyanais, Tony Nalovic déplore le manque de communication autour de ce projet. « Ils ont utilisé la même méthode que pour Cambior [projet de mine d’or sur la montagne de Kaw arrêté en janvier 2008, NDLR] ». L’homme qui a pleuré le jour où la marée noire est survenue en Louisiane estime que la « la Tullow Oil a 80 % de chances de trouver du pétrole. Car s’il y en a au Brésil et au Suriname, il n’y a pas de raison qu’il n’y en ait pas aussi en Guyane », ce qui sans doute explique l’acharnement de cette société à vouloir forer au large des côtes guyanaises.

La Guyane en dehors de toutes retombées


« Il n’y aura aucune retombées économiques pour la Guyane. Les gens vont être payés en France. En Guyane il y aura seulement deux hélicoptères qui feront la navette entre la plate-forme et l’aéroport. La base arrière de la Tullow Oil est à Paramaribo au Suriname » nous a expliqué Tony Nalovic, qui ne semble pas manquer d’informations sur le sujet.

Et petit à petit, la contestation semble poindre dans la population, même si cela reste très marginal. Sur l’un des sites internet les plus consultés de Guyane, Blada.com, trois « jodla » (ou fait du jour) ont d’ores et déjà été consacrés au forage pétrolier, le 20 janvier 2011 puis le 17 février et le 25 février, et la bannière d’invitation à une réunion publique d’information sur le forage, organisée par les associations environnementales, est en première page depuis presque une semaine, de même que le lien vers une pétition. Dans le second jodla, référence est faite à l’article publié dans le National Geographic France d’octobre 2010 sur le bilan six mois après la marée noire dans le Golfe du Mexique. Et il semble bien que ce papier ait marqué une poignée de citoyens guyanais, qui désormais n’hésitent pas à l’envoyer par mail, comme pour mieux faire prendre conscience à leurs compatriotes du désastre auquel l’Etat et la Tullow Oil exposent la Guyane. Sans oublier bien sûr d’y ajouter leurs commentaires personnels. Ainsi, une internaute se demande « quelle serait la réaction des guyanais s’ils savaient exactement ce qu’il se passe dans leur pays. Laisseraient-ils des compagnies étrangères multimilliardaires s’approprier de la sorte leurs richesses biologiques ? Sans même les tenir informés de leurs activités ? Je ne le pense pas ». Enfin, dans la rue, un groupe de Carnaval, « Marée Noire », s’est récemment constitué pour souder la contestation.

Contre-attaque préfectorale


Bien entendu, la Préfecture ne souhaite pas en rester là. Dans un communiqué de presse du 25 février 2011, « Projet de forage en Guyane : Réponse aux inquiétudes exprimées », le Préfet tient à rappeler que « les travaux de forage prévus s’inscrivent dans le programme du permis de recherche exclusif d’hydrocarbures initialement délivré le 29 mai 2001. Il s’agit bien d’un forage de simple reconnaissance qui n’a pas vocation à être transformé en puits de production. Il sera d’ailleurs rebouché avant l’été prochain ». Le Préfet rappelle également que « la France est signataire du protocole de Carthagène de 1983 sur la protection de l’environnement marin dans les Caraïbes qui s’applique en Guyane ». Mais surtout, il insiste sur le côté rassurant de l’expertise technique : « Ce sont toutes les compétences du ministère chargé de l’écologie qui ont été mobilisées pour analyser le projet de la société Tullow à la lumière de ces éléments : les équipes locales de la DEAL Guyane [Direction de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement, NDLR] bien sûr mais également du Pôle National Offshore Forage de Bordeaux ». Comprenez ainsi que les risques évoqués les environnementalistes ne pourraient être que pure chimère.

La Tullow Oil se veut elle aussi rassurante et affirme dans son étude d’impact que « tous les coûts associés au contrôle du puits en éruption et tous les coûts de réparation (comme ceux d’un nouveau forage dévié pour tuer le puits), et tous les coûts de remise en état telles qu’étaient les conditions avant l’incident font partie de l’assurance prise par Tullow Oil », mais chacun sait qu’après une marée noire plus rien n’est jamais comme avant.

Alors que l’année de la biodiversité s’achève, la France célèbre désormais en 2011 les Outre-mer et leur beauté. Il serait dommage que les festivités soient entachées par une flaque d’hydrocarbures et que l’on vienne à en conclure que les territoires ultra-marins ne sont que de commodes jouets politiques pour satisfaire l’avidité des multinationales et de leurs actionnaires, alors que l’heure de l’après pétrole a déjà sonné.

Source: http://www.terra-economica.info/Forage-en-Guyane-bientot-des,16065.html

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Mama
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